¡ Vale un Potosí !
Je suis la riche Potosí,
Trésor du monde...
Objet de convoitise des rois
C'est donc á 7h du matin que nous prenons le bus qui en 12 heures doit nous amener á Potosí, capitale de l'argent située á 4000 métres d'altitude. On ne sait pas comment le chauffeur a réussi á tenir son timing avec une crevaison et un rio en crue, devant lequel on a dü attendre qu'un bulldozer remette la route au milieu de la riviére. Mais il l'a fait, c'est donc sous une pluie battante que nous sommes arrivés á destination, enfin á coté de la gare routiére, une fois de plus inaccessible vu l'encombrement. Nous trouvons refuge dans l'Hostal Compania de Jesus (!), qui avait du etre nettoyé en son temps...
Potosí n'est pas n'importe quelle ville. Son "cerro rico" ("montagne riche"), exploité depuis 1550, a financé le développement économique de l'Europe pendant trois siécles. Méres des malheurs du monde, les mines d'argent de Potosí ont permis la naissance du capitalisme et le financement des guerres européennes, en engloutissant dans ses entrailles 8 millions d'esclaves indiens et africains.
Nous commencons notre visite de la ville par la visite, en francais svp, de la Casa de la Moneda, oú le royaume d’Espagne a frappé sa monnaie durant trois siécles, et la République de Bolivie pendant encore une centaine d’années après lui. Car, comble de l’ironie, aujourd’hui la Bolivie achéte ses piéces á une entreprise espagnole !! Par cet endroit est passé tout l’argent volé á l’Amérique pour enrichir l’Europe et l’Eglise (d’oú on devrait revoir cette histoire de dette du tiers-monde…). On a pu constater notamment l’ingénieux systéme de coffre-fort, plus inviolable que tous les camions Brinks du monde. L’anecdote qui tue : quand une équipe étatsunienne, en 1985, retrouve au large de la Floride un navire espagnol chargé jusqu’á la gueule de lingots potosiniens, le Trésor américain se garde le butin et envoie deux piéces de monnaie en souvenir au musée… Nous commencons á admirer les peintures de l’école potosinienne et de son grand maïtre Holguin. Point commun á toutes les toiles que nous verrons dans la ville : les Romains crucifiant le Christ ressemblent méchamment á des Espagnols…
Nous enchaïnons par la visite du couvent Santa Teresa oú vivaient cloïtrées des dizaines de carmélites, dans un luxe et une richesse inouïs. Des 18 patios il n’en reste aujourd’hui que trois, dont deux sont réservés au musée et un toujours utilisé par les derniéres sœurs. Nous y sommes guidés par une espéce de Passe-Partout tenant dans sa main un trousseau de clés moyennageuses impressionnantes !!
Le jour suivant, pour ne pas nous dépayser, nous visitons le couvent San Francisco, qui serait relié au précédent par un souterrain ?? Mais ce n’est surement que médisance. Après avoir fait rever notre guide en lui confiant que nous avons visité Assise l’année derniére, ce dernier nous emméne nous balader sur les toits de l’église, d’oú nous avons une vue magnifique sur le Cerro Rico et toute la ville de Potosí. La fin de la visite est plus glauque, puisqu’elle se passe dans les catacombes, anciennement emplies de cadavres. Nous sommes á nouveau frappés par la richesse exubérante du lieu en contraste avec la pauvreté évidente des familles des mineurs de Potosí.Notre passage par un resto végétarien, pour faire plaisir á Nadége, se révéle définitivement destructeur pour ce qu’il nous reste de systéme digestif. Nous ne repartons que tard dans l’après-midi et fort péniblement, pour passer par une ancienne église reconvertie en école et atelier de restauration d’œuvres d’art, extremement actif au niveau du patrimoine potosinien. Nous nous rendons ensuite á Jerusalem, enfin dans son église, oú une guide nous montre á nouveau en francais les richesses des peintures, des fresques et des retables couverts d’or, le tout du XVIIéme siécle et formidablement conservés. Nous finissons la journée dans la cathédrale, regardant le coucher de soleil depuis le haut de son clocher. Un guide un tantinet zinzin nous révéle les beautés cachées de l’église, dont un splendide baptistére d’albatre.

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